dimanche, janvier 06, 2008

Poésie Du Souss

Sur des consonances d'instruments bien propres à la région je découvre un univers poétique à part, des troubadours issus des villages du sud, de ces montagnes désertiques pays de l'argane et de ses chèvres, du laurier rose, des petits rus coincés entre deux montagnes rocheuses qui atteignent le ciel....

Un groupe particulier qui m a fait vibrer cet été et qui sort son 2ème album ce mois-ci: les AMARG FUSION. Leur 2ème album donc (après "Agadir ifawn") s'intitule "Argane".

Poésie tachelhit, "Amarg" comme ils la qualifient si bien dans un terme qui signifie en meme temps "poésie, nostalgie et amour". Extraits:

Iwighd oukane adar arka saoualh, amma amarg ouragh ihoul oulla salaht

(Je rime le chemin et la poésie ne m’intéresse pas et je n’y prête pas attention)


Rabbi 3fou fellah rmih tamallayt

(Ô Dieu donne moi ton absolution car je suis dégoûté de mon vagabondage)

ifadden rmine oudeme kanet ikarachen (*2)
(Les genoux sont épuisés, le visage s’est couvert de rides)

l3ekkel ouritoub ikoune masikkel

(Ma raison ne veut pas entendre raison : mais qu’est ce qu’elle attends ?)


A ait imourig inayt koulou ssaht

(Ô gens de la poésie dites la vérité)

willit yousine aguis irmine iserst
(Ceux qui l’ont pratiquée (amarg) les a usés et l’ont abandonné)

amarg aym3eli makfalla yaghn
(Ô poésie, que veux tu de moi ?)

amarg ourjou guik nsker ahayk oula idoukane ihawl issalangh
(Je n’ai jamais gagné de toi, ô poésie, ni ahayk (voile traditionnel) ni idoukane (chaussures) au mieux c’était des larmes)

Atin ingaddan ihla chouf nek ournsenn isengaaaaaaaaaaadda lehlou d tamimt
(Ô rimes vous contempler est un plaisir, On ne sait pas si il y a en vous autant de beauté que de saveur)

bab ijlan lbi3 ila out afous nnek,
(Le commerce est ruiné, les mains vides,)

han lekhrif iddado msar lkmenk. nikk youf dari wadah ikfane lkhatr wannadyousine izamarn ighersasn
(l'automne oeuvre à avoir ta peau, un jour,
Moi je préfère celui qui me donnes son temps a celui qui égorges des moutons)



Et je n'ai pas pu résister à cette autre poésie du grand poète soussi Sidi h'ammu Taleb (contemporain de abderrahmane el majdoub et qui aurait eu une joute poétique avec lui)


Surnommé Bab n' umarg ou "Maître de la poésie":

« Le nuage se fond dans les ténèbres, la brise se perd dans la rivière :
Que l'eau emporte les feuilles flétries !
Pèse tes paroles plutôt que tes richesses
Quant à l'argent, il n'y en a pas sans alliage
Est-ce que je demande au chameau la noblesse du cheval.
Le laurier-rose me donnerait-il de la douceur ?
On ne cherche pas un lieu sec dans l'océan.

Et moi, puis-je espérer une réponse d'un mort ?
Oranger que ta beauté est grande, à toi qui es si petit ?
Par quelle loi est-il permis au corbeau de dévorer un fruit si doux ? ».

(Merci à Nefertari pour sa traduction et les leçons de tachelhit improvisées, t'es un excellent prof :))

Adapté par Doktorix........Imourig

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Je n’ai jamais rencontré une personne aussi dévouée pour la poésie, aussi sensible aux paroles et qui se fait tant de maux avec des mots.
Tu y as mis de ton âme!

dima a dit…

Sans nefertari, doctorix, nous serions deux marocains orphelins de cette richesse nationale poétique. Cet autre visage des mots marocains. Cet Elixir Amazigh qui ne nous a pas tendu sa main à l'école.

J'ai aimé et je résume mon propos par :

A ait imourig inayt koulou ssaht

dima...sous le charme

Doktorix a dit…

@.........: Modeste va....tu as tout fait. Vivement que je reprennes mes cours :)

@Dima: Ce poème orphelin m'a donné envie d'avoir une famille poétique amazigh...

Les mots resonnent encore dans mon ame ils s y sont cristallisé comme le nectar en vers d'une rose sur la patte d'une abeille...

Larbi a dit…

Je partage la remarque de anonyme.

dites c'est moi qui se trompe ou c'est la poésie de Souss (comme jazal en rabe d'ailleurs) qui parle toujours de choses mélancoliques et tristes.

Anonyme a dit…

Il est vrai que la poésie amazigh est triste et mélancolique, d’ailleurs le terme amarg lui-même est saturé de mélancolie! Ceci est-il dû au fait que les modes de chant et de danse amazighs expriment une pensée d’ordre philosophique et sociale et l’environnement de l’homme amazigh? Au fait que la poésie amazigh est spontanée et naturelle ? Ou bien à la nature des thèmes abordés? Il parait que le poète amazigh s’adonne à la poésie pour se plaindre, se résigner ou critiquer. Il parle souvent de poésie elle même, de revendication identitaire, de patriotisme et d’amour. Mais dans ce dernier cas, contrairement au zajal, il se garde d’utiliser les noms propres. Le thème de l’amour est traité par les poètes amazighs avec une imagerie traditionnelle. Ainsi la bien aimée est elle tatbirte (colombe), tazenkett (gazelle), ajeddig n remman (fleur de grenadier), toufaouet (lumière). Quant à jeunesse et la beauté,, elles sont figurées par des fruits d’un symbolisme très répondu donc partagé : (lkhoukhe) pêche, rremman (grenade).

@Doctorix: tu m'as déçu, j'ai cru que tu te considères déjà comme comme membre de la famille amazigh, puisqu'il s'agit, comme tu l'as si bien dit, d'une façon d'être.